Petite chronique apicole


mercredi 13 juillet 2016

Enfin, une petite accalmie dans mon emploi du temps qui a été bien malmené ces dernières semaines !
Le dernier billet, un peu dépité, faisait état d’une tempête de neige survenue le 1 er mai et depuis cette triste journée, le paysage a pris fort heureusement, des couleurs plus chaudes....

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Le printemps fût une alternance de périodes de pluie et de chaudes et belles plages ensoleillées. Le mercure a joué au yoyo et nous nous sommes crus parfois dans quelques régions tropicales en pleine période de mousson. Tout cela a entraîné une vague d’essaimage sans précédent. Les abeilles étaient devenues folles et les essaims profitaient du moindre rayon de soleil pour s’envoler. Comme dans l’histoire du Petit Tailleur, au cours d’une seule après-midi, j’en ai eu 7 d’un coup ! … De la folie...

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Chaque année, je bats des records en terme d’essaimage… Les apiculteurs qui lisent ces lignes se diront sans doute que « c’est parce que je m’occupe mal de mes ruches… » .
Car, effectivement, dans le milieu apicole on jauge la valeur d’un (e) apiculteur(trice) à sa capacité à éviter l’essaimage et à produire une quantité notable de miel, de pollen et autres produits de la ruche…
Mais tout n’est pas si simple (ça n’est jamais simple en apiculture …)
Faire de l’apiculture et éviter l’essaimage s’appuient sur 4 facteurs :

-  le temps disponible (autrefois on disait que seuls les curés et les instituteurs pouvaient être apiculteurs…à présent je dirais que seuls les curés le peuvent…)
-  une météo pas trop chamboulée
-  des ressources mellifères et pollinifères en abondance et respectées
-  des abeilles ayant peu le caractère essaimeur.

Le temps et la météo m’ont joué plus d’un tour… lorsque j’étais (un peu) disponible il pleuvait et lorsque je ne l’étais plus il faisait un temps radieux ! L’hiver précédent ayant été particulièrement doux, les colonies regorgeaient d’abeilles au mois de mars.
Celles-ci ont été « au chômage » quand la succession de perturbations a empêché toute sortie.
Ajoutez à cela un agriculteur qui fauche sous la pluie, en une seule journée, 15 ha de prairie, à proximité de vos ruches juste après la floraison des pissenlits et cela vous donnera une idée du problème.

Enfin, reste le caractère sans doute essaimeur de mes reines et là, il y a bien à dire.
Les importations nombreuses, dans la région, de reines venant de Slovénie et portant ce caractère génétique n’arrangent rien.
Depuis quelques années, j’ai décidé de ne plus trop intervenir dans mes ruches. J’accompagne mes colonies dans leur développement et ce sont elles qui me disent ce qu’il faut faire.

L’essaimage est un caractère naturel de l’abeille puisque c’est le mode de reproduction des colonies.
Il est, me semble-t-il, une des bases de l’équilibre de celle-ci. Je ne cherche pas à le développer, bien au contraire, mais je fais avec, même si au cours de cette période, je peste après ces colonies qui choisissent de se partager au lieu de rester bien tranquilles …

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J’en paie le prix car le travail est conséquent, la production moindre mais je ne vis pas de l’apiculture. Du moment que ma production couvre les besoins familiaux et permet à nos hôtes d’avoir du miel sur la table de leur petit-déjeuner tout va bien…

La richesse de l’apiculture ne se trouve pas que dans le miel (et heureusement !) même si c’est un réel plaisir et une grande satisfaction que de voir des rayons épais, bien garnis, recouverts d’une pellicule de cire blanche et translucide mais il faut trouver d’autres récompenses que celle-ci car on est souvent déçu !

On peut, par exemple, avoir le sentiment, un peu prétentieux certes, d’agir sur l’équilibre environnemental de plusieurs centaines d’hectares autour de son rucher … On est content de voir dans les jardins des particuliers des groseilles à foison où des fruits bien formés et de se dire que c’est grâce à mes « petites » que ces personnes pourront faire leurs confitures ou leurs compotes.

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Plus personnellement, j’aime l’ambiance du rucher, les parfums des nectars, de géraniol , de mélisse ou de propolis ventilés par les abeilles qui embaument l’air, le bourdonnement régulier des allées et venues des butineuses, les traits de lumière reflétée par le corps luisant des abeilles qui brille à contre-jour et les observation faites au trou de vol. Ce sont des moments de pure détente.

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J’adore voir les butineuses entrer dans la ruche avec leurs pelotes de pollen.
J’ai le sentiment qu’elles sont contentes…Et puis chaque ruche a son caractère. Certaines sont douces et agréables, d’autres nous rappellent que les abeilles dites « domestiques » ne le sont pas tant que ça ! Elles nous montrent que leur caractère sauvage est bien là et nous remettent à notre place à coup d’aiguillon ! Elles nous obligent à prendre nos distances et à les respecter.

Enfin, je suis fasciné par la complexité des relations entre les individus et la colonie avec son environnement.

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Les colonies d’abeilles sont des sociétés complexes, en équilibre. Il s’y passe des choses étonnantes et subtiles qu’on ne maîtrise pas et qu’on découvrira peut-être un jour.
Elles nous enseignent aussi, que comme toute société, un événement malencontreux peut les réduire à néant en quelques semaines.

Les notions de mémoire de la colonie, de transmissions intergénérationnelles ne sont, à ma connaissance, jamais abordées par les apiculteurs ni les scientifiques. Je suis convaincu qu’elles existent sous une forme ou une autre mais cela reste de la pure spéculation, une forme d’instinct ou d’anthropomorphisme de ma part, sans aucune preuve. Sans doute parce que les abeilles font partie de mon code génétique.
Je le ressens, c’est tout.

Les abeilles sont présentes dans la famille depuis tellement de générations que lorsque je rencontre des « vieux » apiculteurs restés jeunes d’esprit, j’ai l’impression d’entendre mon père, mon beau-père ou mon grand-père !

Là encore, une histoire de mémoire…

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Petite chronique apicole

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